L’amour !

amour

« Moi, z’aime M parce qu’il a des yeux, une bouche, une petite tête, un peu comme moi, mais en garçon », Irène parle de son amoureux à ses sœurs. Elles dessinent et parlent de l’Amour. Moi j’écoute, dans la cuisine, je me cache et prends des notes, entre deux coupages de poireaux et la préparation du gâteau pour leur goûter du lendemain (j’aime bien me la péter « mère parfaite », de temps en temps, ça me détend, surtout le #mercreditespunie !).

Irène poursuit : « mais, le problème, c’est que L, il a aussi une bouche et des yeux, une tête, je l’aime aussi ».
Castille : « mais bébé cadum minus, tout le monde a une tête, des yeux, une bouche, tu dis n’importe quoi ».
Irène : « parfois y a des enfants qui n’ont pas de tête, ze les aime pas ceux-là ».
Castille : « mais pas dans ta classe ?! Et puis un enfant sans tête, il peut pas vivre, Irène tu es un bébé bizarre ».
Irène : « je suis pas un bébé, gros culcul et z’aime pas les enfants sans tête, c’est tout ».

C’est vrai, ça, moi non plus dis donc, j’aime pas les enfants sans tête, c’est over chelou !

Diane intervient pour remettre de l’ordre : « Irène, passons sur les enfants sans tête, je pense que tu confonds avec les histoires de sorcières, mais tu as deux amoureux ? »
Irène : « bah, oui ».
Castille : « tu es polygone, hannnnn, je vais le dire ».

Castille débarque dans la cuisine, du feutre plein les mains : « maman, Irène est polygone ».
Moi : « Nan, tu es dure, ta sœur n’a pas trop la tête d’un carré, qu’est ce que tu racontes ? »
Castille : « elle a deux amoureux, elle est polygone, pourquoi tu comprends jamais rien à ce que je dis ! »
Moi : « arrête de crier devant les poireaux, ils vont tourner, c’est pas « polygone », c’est
« polygame » !
Castille : « c’est pareil maman, faut toujours que tu fasses de l’orthographe ! »

Bon je laisse tomber le bordel grammatical qui règne dans la tête de ma fille pour aborder la vraie question : « oui et alors ? »
Castille : « Irène a 2 amoureux et on peut pas ».
Bon fasse à cette question existentielle-sa-mère, je lâche un courageux « si, petit, on peut ».
Castille intéressée : « ah bon ? »

Je me lance dans un truc qui va rapidement me dépasser.

Moi : « oui ben tu n’es pas marié, tu n’es pas engagé, c’est pas méchant et puis vous les enfants, un jour c’est Truc votre amoureux et le lendemain c’est Chose, vous allez spontanément là où votre cœur tout neuf le souhaite, sans préjugé, ni méchanceté, tu comprends ? »
Castille : « non, mais toi tu n’es pas mariée, alors ? »
Moi : « alors, alors, je suis engagée, je vous ai faites toutes les 3 avec papa, si ça c’est pas de l’amour ?! »

Castille repart, je pense que j’ai assuré avec ma réponse ! Je reprends mes poireaux là où je les ai laissés, c’est à dire entrain de cramer, MERDE !

Castille à ses soeurs : « quand on est petit on peut avoir plein d’amoureux, quand on est grand non, à cause du déménagement ».
Irène : « d’accord ».
Diane « quoi ? Mais qui t’a dit ça ? »
Castille : « maman, mais va pas la voir, elle est énervée avec ses poireaux ».

« L’engagement » est devenu « déménagement », pourquoi pas !

Diane : « moi aussi j’ai deux amoureux, je trouve ça très pratique, tu sais Castille, y en a toujours un qui t’aime ».
Castille : « et ben moi j’en ai pas, y en a un qui m’aime mais il est sale, il met du stylo partout, j’en veux pas ».
Irène : « et s’il se lavait, tu l’aimeras ? »
Castille : « ben nan, sûrement pas, il mange ses crottes de nez ».

Cris d’horreur des 3 filles.

Diane dit soudain : « je me demande comment maman et papa sont tombés amoureux ».
Irène : « je m’en rappelle, c’était hier quand maman elle était partie avec sa robe ».
Castille et Diane : « Quoi ? mais n’importe quoi, on n’existait pas, ils étaient super jeunes ! »
Irène commence à pleurer : « mais si moi j’étais là, dans son ventre, j’entendais ».

Là, je me dis, merde c’est chelou ce qu’elle balance, réminiscence de la vie intra-utérine ? Mon dieu, non !!!!

Les filles débarquent : « maman comment tu es tombée amoureuse de papa ? »

Alors, j’ai le choix entre raconter la vérité et y aura forcément un peu de mojito, de punk attitude et des beats (j’ai bien écris BEATS, les gens, je vous vois venir !) et une pseudo rencontre-coup-de-foudre dans une librairie du 7ème, où nos yeux se sont portés sur
« Septentrion » de Louis Calaferte. Je choisis le projet between « oh, c’était il y a longtemps, à une soirée, on a beaucoup parlé, de littérature, de sciences (mouais mouais !!!), mais on a danse aussi, votre père avait une façon de danser bien à lui ».

Les filles rient, semblent satisfaites de la réponse, là dessus Bruno arrive : « Hello !!! »

Les filles enchainent directement avec ZE question « papa comment tu es tombé amoureux de maman ».

Bruno lâche : « oh ben c’était à une soirée et votre maman avait eu l’air de bien apprécier les mojitos et m’a parlé anglais toute la soirée pour me raconter que des conneries avec plein de gros mots, je l’ai trouvée rigolote ».

Les filles nous regardent avec des énormes yeux. Moi je tente un « mais tu es barge ! »

Diane nous fait un clin d’œil : « on a compris, c’est les trucs d’adultes pour pouvoir se voir tout nus après ».
Moi : « Bruno, gros malin, tu gères, moi faut que je refasse le dîner, là les poireaux ont pas tenu la pression… »