Chez le dentiste

Ca faisait longtemps que j’avais pas raconté un #mercreditespunie chez un toubibe. Et puis alors, aujourd’hui c’est dentiste, autant vous dire que tout le monde est hyper joyeux de la bouche !

Entre deux reprises d’équitation, une leçon de Sciences et Vie de la Terre et la conjugaison du verbe « guérir », j’emmène les filles pour un check des quenottes. Déjà rien que cela devrait vous mettre chaos.

J’ai remarqué que l’évocation du dentiste provoque chez les enfants comme chez les adultes une montée de larmes aux yeux et une crispation de la bouche immédiates…Ben avec Castille, vous ajoutez les hurlements 🙁

On voit le dentiste une fois par an, Castille n’a jamais eu à se faire soigner une dent (Dieu de la ratiche, je te bénis !), mais elle hurle. Par principe.

Diane, elle raconte sa vie, ou la mienne, elle aime bien la dentiste, elle lui parle même le jet dans la bouche.

Irène n’a pas d’idée, elle suit, elle va montrer ses dents pour la première fois.

Je préviens : « bon, on est sage, on respire, surtout toi Castille, tout va bien se passer, vous vous brossez bien les dents, y a aucune raison qu’une carie se planque ».
Diane : « ah mais moi, j’adore, de toute façon »
Irène : « est-ce que la dame, elle nous donnera des bonbons après ? »
Castille : « je garderai la bouche fermée ».
Ca part bien !

Dans la salle d’attente, quelques chorégraphies s’improvisent, devant des seniors ébahis par tant de jambes et de bras en action. Je souris. Jaune. Le visage de Castille se décompose au fur et à mesure que le temps passe. Je sens qu’elle se contient. Comme je n’ai pas envie de revivre les cris d’il y a un an, je balance : « bon Castille, si tu es sage, je t’achète quelque chose ». Ouais, c’est pourri, mais vous ne l’avez pas entendue !
Evidemment, les deux autres y vont de leur « c’est pas juste, à nous aussi, alors ».
Ouais. Ce rendez-vous annuel va me coûter un bras.
Castille explique à ses sœurs : « moi j’aurai un gros cadeau car j’hurle vraiment beaucoup ! »
Irène répond : «moi aussi je vais hurler alors, hyper fort »
Diane : « mais si vous hurlez, à mon avis, vous n’aurez rien du tout, et puis ça fait pas mal, vous êtes vraiment des bébés »
Moi : « très bien Diane, tu es sage, tu te passeras de cadeau alors ?! »
Diane : « nan, parce que moi je peux te faire une crise d’ado ».

Dans la salle d’attente, on a perdu tous les séniors.

Puis c’est à nous.
La dentiste : « bonjour les filles, comme vous avez grandi… »
Diane et Irène en chœur : « bonjour madame ! »
Castille se tait.
Diane commence : « moi tout va bien, j’ai mal à aucune dent, j’en ai beaucoup perdu cet été, alors que j’en perdais plus, ça doit être le signe que mes règles vont arriver ».
La dentiste se marre.
Castille chuchote : « elle fait toujours sa plus belle, Diane »
Irène essaie de choper le machin à jet d’eau…
Sur ce, l’assistant (qui n’a pas oublié d’être moche) débarque.
Diane : « ah vous avez changé d’assistant… ». Gros clin d’œil dans ma direction. Je lui fais des gros yeux, genre « alors, retiens-toi bien de dire quelque chose sur le côté sexy de ce jeune ! »
Diane se contente de dire : « c’est bien de changer… »
La dentiste se marre de plus belle en disant : « aller, c’est parfait Diane, tout est ok, à qui le tour ? »

Castille reste figée, on est en train de la perdre. Irène s’installe dans le fauteuil et arrive à prendre le jet, qu’elle tète… Je lui fais signe de retirer ce truc de la bouche, mais rien à faire…
Diane intervient : « Irène, ce n’est pas un néné, retire cela de ta bouche ». Puis elle se lance dans des explications de ouf concernant l’allaitement : « tu vois, maman, elle veut encore téter, peut être que tu aurais dû lui donner le sein plus longtemps… »
L’assistant me regarde, compatissant, c’est gênant.
Je me sens obligée de dire un truc : « Irène, tu fais cela parce que tu as peur ? »
Irène répond : « nan, parce que j’aime bien ».

Irène redescend du fauteuil, tout va bien. C’est donc au tour de Castille…

La dentiste qui connaît le requin, fait comme si tout était normal : « aller, ma grande, à toi ».
Castille ne bouge pas.
Je regarde par la fenêtre en maudissant mon mec de ne JAMAIS s’occuper de ce genre de trucs. C’est moche, mais j’en ai besoin.
Gros silence dans le cabinet.
L’assistant, qui ne connaît pas le passif, tente : « alors Castille, on y va, c’est pas méchant, avant oui, du temps de ta maman (ta bouche le jeune !), ça faisait hyper mal, les piqûres, la roulette… ».
Mais qu’est ce qu’il dit le BG ?! Tout le monde a les yeux rivés sur Castille qui…se met à hurler. Une fois. C’est tout. Puis elle s’installe.
Et déclare : « voilà, je suis prête, je pense pas hurler de nouveau ».

Ouf…
Moi je suis en sueur, j’ai envie de taper l’assistant ou de crier aussi, tiens.
Castille a des dents parfaites. Ouf bis…
Avant de repartir, Diane se permet de dire à l’assistant : « parler des années 80, de l’époque de maman, quand ça faisait mal, tout ça, c’était peut être pas la meilleure idée, mais vous apprenez, vous pouvez pas tout savoir… ».
Bim, dans les dents !

Castille, soulagée : « alors, j’ai quoi comme cadeau ? »