La conversation téléphonique

Diane est au collège (6ème), elle a un téléphone portable. On a échoué. Je sais c’est moche, on a cédé au « ok quand tu seras en 6ème, tu auras ton tél ». On ira peut-être en enfer « des parents mous qui ne parviennent pas à dire NON à la technologie toute puissante ». J’espère qu’il y aura quand même des bières…

Donc Diane a un portable qui sonne, qui vibre, qui bipe. Parce qu’elle a des copines qui ont aussi un portable qui sonne, qui vibre, qui bipe… Elle a également un cousin ardéchois « augmenté » d’un phone, avec qui elle converse régulièrement.

Les petites, alias, Castille et Irène, évidemment, n’ont pas la CHANCE EXTRAORDINAIRE de bénéficier du furoncle technologique, du coup y a de la rébellion à la maison et des « c’est pas juste », « pourquoi on n’a pas de téléphone ? », « Diane, c’est ta préférée » ou encore « Irène et moi, on a été adopté » tombent en pagaille…Merci le progrès !

Pour ce #mercreditespunie, je partage quelques bouts volés de la conversation de Diane et de son cousin. N’allez pas croire que j’avais l’oreille collée à la porte de la chambre de ma fille, ses sœurs l’ont très bien fait pour moi ! Quand Diane téléphone, elle se balade dans les pièces communes en nous faisant signe de ne pas écouter. Pas simple !

Diane : « salut Lino. Ouais je suis rentrée du ski, ouais c’était coooooool, il a fait -50, mais on ressentait comme -30, tu vois ? »
Confusion du ressenti, je ne relève pas.

« Non, à -50, tu meurs pas Lino, ton oxygène s’adapte, ton sang circule moins vite pour pas fatiguer ton cœur, t’apprendras ça au collège ».
Waouhhhhhh, j’ai dû rater un truc en cours de biologie, moi !

« Oui, Castille et Irène ont skié aussi. Irène a fait 2 fois pipi dans sa combine, mais elle prend le tire-fesse toute seule et fait très bien son chasse-neige. Castille a descendu une piste noire, maman lui avait dit ‘non’, mais c’était trop tard, le requin était déjà parti comme une flèche. Elle s’est bien faite engueulée. Bien fait ! »
Irène et Castille poussent des hurlements : « maman, Diane, elle dit à Lino que j’ai fait pipi, maman, Diane elle dit que je me suis faite disputée, elle est CHIANTE ».
Moi aux petites : « pénible, c’est mieux, ben oui Irène, mais tu n’as pas fait caca cette année, c’est un progrès, et toi Castille, ben faut écouter, on passe notre temps à te le dire… » Phrases de daube. Je sais. Françoise Dolto ne me vient pas toujours en aide. Méchante !

Diane continue sa conversation au milieu des cris de ses sœurs. Imperturbable : « Oui, les petites braillent comme des veaux, tu sais ce que c’est les petites sœurs (Lino a une petite sœur, Angéla) ?!

Quand soudain, Diane décide de mettre le haut parleur. Tout le monde se dit bonjour, parle en même temps, un concours de gros mots s’organise comme si j’étais pas dans les parages. A mon regard, Diane pense que c’est bien de changer de conversation, du coup ils s’échangent des blagues de prout et de pets. C’est mieux. Ca parle fort, ça répète mille fois les mêmes choses, ça discute très près du micro avec les bras en arrière, les poings serrés, ça postillonne à mort. En fait j’assiste à une conversation de séniors…

D’un coup Diane lance cette phrase qui va clôturer cet instant technologiquement magique et mettre un terme à la joie « cacaphonique » : bon, Lino, on va te laisser, je crois que c’est l’heure de faire mes devoirs. Ah tu as raison, ma mère là-dessus, elle change pas. A plus, je t’envoie des smileys dans la soirée. LOL, MDR, je te fais un check ».

Castille et Irène font au-revoir de la main. Au téléphone…